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L'apiculteur Jean-Pierre Almes : une vie avec les abeilles

il y a 7 jours
8 min de lecture

Saint-Drézéry

À 14 ans, son père lui a offert deux ruches en guise de rémunération après une semaine de travail pendant les vacances de Pâques. Jean-Pierre Almes aurait peut-être préféré recevoir de l’argent pour s’acheter autre chose… Mais ces deux ruches sont restées dans sa tête. Depuis, les abeilles ne l’ont plus vraiment quitté.

Installé à Saint-Drézéry depuis une trentaine d’années, Jean-Pierre Almes est ce qu’il appelle lui-même un « gros amateur » : il n’a jamais fait de l’apiculture son métier principal. Pendant quarante ans, il a travaillé à l’aéroport de Montpellier, tout en développant une activité apicole qui l’a conduite jusqu’à environ 200 ruches et une dizaine de ruchers.

Une passion devenue au fil du temps un véritable savoir-faire, mais aussi une manière de rester au contact de ceux qui travaillent la terre.


Jean-Pierre Almes au marché du Terroir au Caveau Cellier du Val des Pins à Sussargues (avril 2026)
Jean-Pierre Almes au marché du Terroir au Caveau Cellier du Val des Pins à Sussargues (avril 2026)

Deux ruches pour commencer

Jean-Pierre a découvert les abeilles très jeune. Son père était apiculteur à Saint-Jean-du-Bruel, dans l’Aveyron, aux portes des Cévennes. Il produisait principalement du miel de châtaignier et du miel de thym.

« Je devais avoir cinq ans quand mon père m’a emmené pour la première fois aux abeilles. »

Pendant les vacances, Jean-Pierre participe aux travaux : préparation des cadres, pose de la cire, entretien des ruches… Puis vient cette semaine de Pâques, lorsqu’il a 14 ans.

Son père lui propose alors un drôle de marché :

« Je ne te paie pas, mais je te donnerai deux ruches. »

Ces deux ruches resteront symboliquement les siennes, même lorsque le nombre de colonies augmentera considérablement.

Après des études d’électricité à Paris pour devenir électricien dans l’aéronautique, Jean-Pierre revient dans la région et travaille dans différents secteurs avant d'entrer à l'aéroport de Montpellier.

Mais l’envie d’avoir ses propres ruches ne l’a jamais quitté.

Il reprend les deux ruches données par son père, puis suit une formation de six mois en apiculture dans les Hautes-Alpes. Son père lui donne ensuite 24 ruches supplémentaires. L’aventure prend une autre dimension.

« Tout l’argent que je gagnais, je le réinvestissais dans les abeilles. Il y a même certainement des années où j’ai investi plus que ce que j’avais gagné ! C’est ça, la passion. »

Une aventure familiale

Derrière cette histoire, il y a aussi une personne que Jean-Pierre tient à mettre en lumière : son épouse Patricia. Lorsqu’il évoque toutes ces années passées auprès des ruches, il résume simplement :

« Sans mon épouse, je n’en serais jamais arrivé là ! »

Patricia l’a accompagné aux ruches et dans les différentes étapes de cette activité qui a grandi au fil des années. Ensemble, ils ont élevé quatre enfants, tout en faisant vivre cette passion qui occupait une place importante dans la famille.

Une aventure à deux, donc, même si c’est Jean-Pierre que l’on retrouve aujourd’hui derrière les ruches et les pots de miel.

Les pots de miel portent les initiales de  Jen-Pierre et Patricia Almes, couple d'apiculteurs.
Les pots de miel portent les initiales de Jen-Pierre et Patricia Almes, couple d'apiculteurs.

Du 34160 aux Cévennes, en passant par le Larzac

Très tôt, Jean-Pierre comprend qu’on ne peut pas toujours laisser les ruches au même endroit.

Ses premières ruches sont installées à Pignan, mais les ressources mellifères y sont insuffisantes pour espérer produire régulièrement. Il commence alors à transhumer, comme son père avant lui.

Le principe est simple : déplacer les colonies vers les territoires où les floraisons correspondent à leurs besoins.

Aujourd’hui encore, ses abeilles voyagent.

Le Larzac pour le thym. Les Cévennes pour le châtaignier. La Provence, le Gard ou l’Ardèche pour la lavande.

Mais le territoire 34160 joue lui aussi un rôle important dans ce cycle.

Jean-Pierre considère notamment le secteur comme un très bon territoire d’hivernage. Le climat et la végétation permettent aux colonies de redémarrer rapidement au printemps, avec notamment le romarin et de nombreuses plantes mellifères.

Certaines années, les abeilles trouvent même encore suffisamment de ressources pendant l’hiver.

À Montaud, il a ainsi observé une année une ruche prendre une dizaine de kilos au mois de décembre grâce à une floraison de fausse roquette, lorsque les champs se couvrent de petites fleurs blanches.

Le territoire n’est donc pas seulement un lieu de passage : il peut être une véritable base pour les colonies.


Les abeilles ne connaissent pas les limites communales

Jean-Pierre possède ou a possédé des ruches dans plusieurs communes du territoire. Certaines sont installées auprès d’agriculteurs, notamment pour participer à la pollinisation.

À Montaud, ses ruches ont notamment accompagné un agriculteur produisant des semences. Il intervient également sur des vergers pour la pollinisation.

Ces collaborations lui plaisent particulièrement.

Lorsqu’il parle de son activité, Jean-Pierre revient souvent à cette idée : ses abeilles lui permettent de rencontrer ceux qui travaillent la terre.

« Ce que j’aime dans l’apiculture, c’est de pouvoir parler avec des bergers, des agriculteurs, des viticulteurs… Faire partie des gens qui travaillent avec la terre. »

Avec eux, la pluie n’est pas seulement une quantité de millimètres relevée dans un pluviomètre. Elle signifie une floraison, une récolte, une saison qui démarre ou qui s’arrête.


La transhumance, une petite aventure

Déplacer plusieurs dizaines de ruches n’est pas une opération anodine.

Toujours à la recherche de solutions pratiques, Jean-Pierre Almes a fabriqué des potences de 4 mètres de haut avec un point d’attelage permettant de déplacer seul jusqu’à 25 ruches lors des transhumances.

Jean-Pierre charge généralement ses ruches le soir, lorsque les abeilles sont rentrées. Elles sont ensuite transportées vers leur nouvel emplacement et déchargées le matin.

Il aime toujours ce moment.


  • Jean-Pierre Almes au rucher.
    Jean-Pierre Almes au rucher.

« Même lorsque je pars seul, une fois dans le camion, je suis heureux. C’est une petite aventure. »

Il se souvient pourtant de ses débuts, lorsqu’il apprenait encore.

Une transhumance sur le Larzac, avec une quarantaine de ruches, un vieux camion et plusieurs kilomètres de chemin caillouteux. Les ruches avaient été transportées ouvertes. Avec les secousses et la chaleur, les abeilles étaient sorties et recouvraient les ruches. Il fallait ensuite les porter une à une sur une trentaine de mètres jusqu'à leur emplacement. « Plus jamais ! » Aujourd’hui, la méthode est évidemment beaucoup plus maîtrisée. Mais la montagne garde toujours sa part d’aventure : certains emplacements sont isolés, sans réseau téléphonique, et il faut savoir composer avec les imprévus.



L'apiculture n'est plus celle de ses débuts

Lorsque Jean-Pierre parle de l'évolution de son métier, il dit avec humour avoir commencé « à la préhistoire de l'apiculture ».

Son père avait commencé en 1946 avec des ruches-troncs. Dans les Cévennes, ces ruches traditionnelles ont pratiquement disparu, car leur rendement était très faible et leur entretien particulièrement exigeant. Depuis, l'apiculture est devenue beaucoup plus technique. Jean-Pierre a lui-même pratiqué l'élevage des reines pendant plus de vingt ans. Aujourd'hui à la retraite, il a arrêté cette partie de l'activité et achète des cellules royales auprès d'un collègue avant de poursuivre lui-même la seconde partie de l'élevage.

Mais le changement majeur reste, pour lui, l'arrivée du varroa. Ce parasite a profondément transformé l'apiculture. Une colonie ne peut plus être laissée sans surveillance : elle doit être suivie, traitée et accompagnée.

Pour Jean-Pierre, l'époque où l'on pouvait avoir une ruche au fond du jardin et récolter simplement son miel une fois par an est révolue. Aujourd'hui, même l'apiculteur amateur doit se former.


Une abeille qui butine la lavande.

Des floraisons qui changent

À travers ses ruches, Jean-Pierre observe aussi l'évolution du climat et de la végétation.

Les floraisons arrivent plus tôt.

Dans certains secteurs qu'il connaît depuis longtemps, il estime observer aujourd'hui jusqu'à trois semaines ou un mois d'avance par rapport à ce qu'il connaissait autrefois.

Cette évolution modifie les calendriers de transhumance et oblige l'apiculteur à s'adapter en permanence.

Il évoque aussi un autre constat : certaines ressources mellifères qui étaient autrefois importantes ont diminué ou changé.

Pour lui, l'apiculture est donc un métier d'observation permanente. Il faut regarder les plantes, les abeilles, la météo, l'état des colonies et les ressources disponibles.


Peut-on parler d'un véritable « miel du 34160 » ?

Jean-Pierre reste prudent. Chaque année est différente. Le miel local peut être composé de nombreuses floraisons successives : romarin au printemps, différentes petites fleurs, cistes qui apportent notamment du pollen, puis plus tard les ronces et d'autres végétaux de garrigue. Il n'y a donc pas nécessairement une seule signature florale suffisamment dominante pour définir chaque année un miel identique.

Mais cela ne signifie pas qu'un miel du 34160 n'existe pas. Au contraire.

Jean-Pierre envisage justement de recentrer progressivement une partie de son activité sur le territoire à mesure qu'il avance en âge. Les longues transhumances deviennent plus contraignantes et il sait qu'il ne rachètera pas forcément un camion si celui qu'il utilise aujourd'hui arrive en fin de course. « Je ferai plutôt du miel d'ici. »

Une évolution qui pourrait donner davantage de place demain aux miels produits autour de Saint-Drézéry et dans les communes voisines.



Ce que les abeilles lui ont appris

Après plus de quarante ans auprès des ruches, Jean-Pierre ne parle pas seulement de technique. Les abeilles lui ont aussi appris quelque chose sur le vivant.

Il observe leur manière de fonctionner en colonie, leur capacité à faire des réserves, à exploiter rapidement une ressource lorsqu'elle apparaît et à s'adapter aux conditions qui les entourent. Il en tire une réflexion plus large sur l'évolution des espèces.

« L'évolution, ce n'est pas que des bisounours. »

Dans une colonie, l'individu est au service de la survie du groupe. Une abeille affaiblie peut être expulsée. Lorsque les ressources deviennent insuffisantes, les mâles peuvent être chassés de la colonie. Jean-Pierre le raconte sans chercher à en faire un modèle pour l'être humain. Au contraire, il en tire une autre conclusion :

« Nous, on est humains et ça serait mieux qu'on vive différemment. »

Ce qu'il retient surtout est cette capacité extraordinaire des abeilles à constituer des réserves et à savoir les utiliser lorsque les ressources viennent à manquer.

Et cette observation rejoint directement son propre savoir-faire d'apiculteur.

Il faut laisser suffisamment de miel aux colonies pour passer l'hiver.

Comme le dit un vieux dicton apicole qu'il aime citer :

« Tout le miel qu'on laisse aux abeilles à l'automne, les abeilles nous le rendent au printemps… avec intérêt. »
Jean-Pierre Almes au marché de Saint-Drézéry (printemps 2026).
Jean-Pierre Almes au marché de Saint-Drézéry (printemps 2026).

Transmettre, simplement

Lorsqu'on lui demande ce qu'il aimerait transmettre aux lecteurs, Jean-Pierre ne commence ni par la technique ni par les performances.

Il parle d'abord de l'achat du miel.

« Ce n'est pas forcément de m'acheter à moi, mais d'essayer d'acheter à un apiculteur et surtout du miel de la région, un vrai miel. »

Pour lui, le lien avec le producteur est essentiel. Savoir qui produit, où, et pouvoir échanger directement permet aussi de mieux comprendre ce que l'on achète.

Et pour ceux qui souhaitent se lancer dans l'apiculture, son conseil est finalement très simple : se former, observer et travailler avec les abeilles.

Car il n'existe pas de raccourci.

« Pour apprendre à s'occuper des abeilles, il faut surtout avoir des abeilles et travailler avec elles. »

Après toutes ces années, Jean-Pierre continue donc d'apprendre.

Peut-être avec moins de kilomètres à parcourir demain, davantage de ruches autour du 34160 et toujours cette même curiosité pour ce que les abeilles racontent du territoire.

Une vie commencée avec deux ruches offertes par un père à son fils de 14 ans.

Et une histoire qui, manifestement, n'est pas encore terminée.



À CASTRIES, DEUX RUCHERS-ÉCOLES


• Syndicat de l’Abeille Héraultaise Rucher-école du Château de Castries - reah-chateaudecastries.org


• Centre apicole de l’Hérault Rucher-école de Fondespierre - centre-apicole-delherault.com


POUR ALLER PLUS LOIN


• ADA Occitanie Association de Développement de l’Apiculture en Occitanie - adaoccitanie.org


DES MIELS DU 34160


Saint-Drézéry • Jean-Pierre Almes - 04 67 86 52 60 • Rémi Vilain - 07 63 71 20 00

Saint-Geniès-des-Mourgues • Le Rucher de la Baronnie – Philippe et Benjamin Rouyer - 06 87 84 12 14

Saussines • Les Ruchers des Aires d’Oc – Xavier Valadier - 09 52 84 50 22

Vous êtes producteur sur le territoire 34160 ? Contactez-nous !

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